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« Le livre que je ne voulais pas écrire » | Erwan Larher

Des témoignages sur le Bataclan, il y en a eu de nombreux. « Le livre que je ne voulais pas écrire » se démarque par sa qualité, sa justesse, sa puissance. Erwan Larher nous offre là un véritable objet littéraire dont on se souviendra pendant longtemps.

♥ R É S U M É 

Je suis romancier.
J'invente des histoires. Des intrigues.
Des personnages. Et, j'espère, une langue.
Pour dire et questionner le monde, l'humain.
Il m'est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

♥ C E    Q U E    J ' E N    A I    P E N S É 

13 novembre 2015. Une date qui nous parle à tous. C'est ce jour-ci qu'Erwan, écrivain, décide de se rendre à un concert de rock au Bataclan. La suite, nous la connaissons...

« À partir de là commence une histoire que je ne voulais pas raconter. » (page 27)

« Le livre que je ne voulais pas écrire » n'est pas un roman. Il est bien plus que cela. Il s'agit d'un objet littéraire. L'auteur le qualifie d'ailleurs ainsi dès la page 40.

« Puisque tu ne souhaites ni récit ni témoignage, ton objectif pour ce texte-ci, baptisé du nom de code Projet B., sera, répètes-tu à qui veut l'entendre, de faire un objet littéraire. »

Nous le comprenons rapidement. Erwan ne souhaite pas témoigner en tant que rescapé du Bataclan. Même si son entourage lui met une certaine pression afin qu'il partage son expérience par écrit. En effet, Erwan Larher était le seul écrivain présent au Bataclan ce fameux 13 novembre 2015. Dès les premières pages, l'auteur explique sa démarche en mettant en avant son processus de réflexion. Nous assistons à ses nombreuses interrogations menant à l'aboutissement de son Projet B. Il endosse son rôle d'écrivain - et non de victime - à la perfection. Il n'utilisera le pronom « Je » qu'au fil des dernières pages seulement. Pour le reste, ce sera « Tu ».

Cet objet littéraire, je l'ai dévoré. Non sans mal, puisque nous sommes pris au cœur d'un tourbillon d'émotions très fortes. « Le livre que je ne voulais pas écrire » est puissant. Il nous retourne, nous bouleverse, sans pour autant nous faire tomber dans le pathos. La plume fluide et de qualité d'Erwan Larher est agréable tout comme la structure du roman. Des chapitres « Vu de dehors » entrecoupent certains passages. Quatorze proches de l'auteur expliquent en fait ce qu'ils faisaient cette nuit-là. Comment ont-ils appris la nouvelle, à quel point se sont-ils inquiétés... L'inquiétude était effectivement au rendez-vous puisqu'Erwan n'avait pas pris son portable lors de ce concert. De 22 h 00 à 04 h 00 : silence radio. Il est donc devenu « Celui qui était au Bataclan » sur Facebook. 

L'attaque est évoquée et tout ce qui s'y rattache. À l'instar des HURLEMENTS, du temps si interminable, de l'odeur du sang, de la mort autour de lui, des assaillants qu'il tente même de comprendre. Erwan reçoit une balle dans la fesse. Ironie du sort puisque son roman à paraître à ce moment-là s'intitule « Marguerite n'aime pas ses fesses »... Vient enfin LE moment du sauvetage. Il souligne alors la compétence des médecins, de ses sauveteurs, de son Ange. S'en suit une longue convalescence dont plusieurs jours à l'hôpital. Il y reçoit un nombre incalculable de visite et de l'amour. Beaucoup d'amour ! 

« Des visites. (...) Des larmes et des larmes. Des sourires. Comme c'est bon, putain ! Pourquoi pas tous les jours ? Pourquoi pas à chaque instant de nos vies ? Pourquoi attendre les drames ? (...) L'amour autour, en donner, en recevoir, ça change tout. Tant pis pour les pisse-froid. » (page 152)

Le héros, ce n'est pas lui. Il parle plutôt d'héros, au pluriel : les équipes médicales, les pompiers et autres soigneurs. Dans « Le livre que je ne voulais pas écrire », Erwan regrette de ne pas s'être comporté comme un véritable héros. Il n'a fait que le mort pour s'en sortir, c'est ce qu'il dit. Il aurait tant voulu aider ses frères et sœurs à prendre la fuite. 

« La littérature n'arrête pas les balles. Par contre, elle peut empêcher un doigt de se poser sur une gâchette. Peut-être. Il faut tenter le pari. » (page 237)

Ce texte vibrant nous donne une sacrée claque, une leçon de vie. Je vous le recommande chaleureusement. Merci Erwan pour ces si belles pages qui ne nous laissent pas indifférents, c'est certain.

« Le livre que je ne voulais pas écrire » - Erwan Larher | Quidam éditeur | 260 pages |  Disponible en ligne sur Amazon et chez tous les bons libraires !

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